
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, la naturalisation française demande un niveau de français B2 à l’écrit comme à l’oral. C’est plus exigeant qu’avant. Pourtant, certaines personnes n’ont pas à passer de test ni à présenter de diplôme de langue. La loi prévoit des dispenses précises, encadrées, qui répondent à des situations bien réelles : un handicap qui rend l’évaluation impossible, un grand âge couplé à une longue résidence, ou un diplôme français qui prouve déjà le niveau.
Le sujet mérite qu’on s’y attarde, parce qu’une confusion fréquente fait perdre du temps aux candidats. On entend souvent qu’à partir de 65 ans, on serait dispensé. C’est vrai, mais pour les titres de séjour, pas pour la nationalité. Pour la naturalisation, la barre d’âge et les règles sont différentes. Voyons qui est réellement dispensé, comment le prouver, et où vérifier votre cas avant de déposer votre dossier.
Pour y voir clair tout de suite, voici les trois grandes familles de dispenses prévues pour la naturalisation, avec le justificatif qui va avec chacune. Le détail de chaque cas suit dans les sections plus bas.
| Situation | Condition à remplir | Justificatif à fournir |
|---|---|---|
| Diplôme attestant le niveau | Brevet, diplôme de niveau 3 ou plus, DELF B2, DALF | Copie du diplôme |
| État de santé | Handicap ou maladie rendant l’évaluation impossible | Certificat médical au modèle officiel |
| Grand âge des réfugiés et apatrides | Réfugié ou apatride, plus de 70 ans, 15 ans de résidence | Justificatifs de statut, d’âge et de résidence |
Le principe : prouver un niveau B2 pour devenir français
La règle de base est simple. Pour acquérir la nationalité française, que ce soit par décret ou par déclaration au titre du mariage, il faut justifier d’un niveau de français B2 selon le Cadre européen commun de référence pour les langues. Cette exigence est entrée en vigueur en 2026, après le décret n° 2025-648 du 15 juillet 2025. Avant cette date, le niveau demandé était le B1.
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Voir mon niveauLe B2, c’est le niveau d’un locuteur autonome. On comprend une discussion technique, on suit un débat, on rédige un texte argumenté sans hésiter à chaque phrase. Pour beaucoup de candidats, atteindre ce palier représente un vrai travail. C’est pour cela que les cas de dispense comptent : ils évitent une démarche inutile à ceux qui prouvent déjà leur niveau autrement, ou que l’évaluation classique ne peut pas concerner.
Le niveau se justifie de deux manières. Soit par un test de langue valable, comme le TCF ou le TEF, dont l’attestation doit dater de moins de deux ans ; pour trancher, il est utile de comparer le DELF, le TCF et le TEF avant de s’inscrire. Soit par un diplôme qui atteste le niveau requis. Le DELF B2, diplôme officiel attestant le niveau B2, est accepté à ce titre, et il a l’avantage d’être valable à vie. Quand on relève d’une dispense, on n’a ni l’un ni l’autre à fournir : on présente à la place le justificatif propre à sa situation.
Première dispense : un diplôme qui prouve déjà votre niveau
C’est le cas le plus courant et le plus simple. Si vous possédez un diplôme qui atteste un niveau de français au moins équivalent au B2, vous n’avez pas à passer un test supplémentaire. Le diplôme remplace l’attestation linguistique. L’administration considère que le niveau est déjà prouvé, noir sur blanc, par un document officiel.
Plusieurs types de diplômes ouvrent cette dispense. Le diplôme national du brevet en fait partie. Les diplômes d’État qui sanctionnent un niveau au moins égal au niveau 3 du cadre national des certifications professionnelles aussi : on pense au CAP, au BEP, mais la liste monte jusqu’au baccalauréat et au-delà. Enfin, tout diplôme attestant un niveau de connaissance du français au moins équivalent au B2 entre dans cette catégorie. Le DELF B2 et le DALF C1 ou C2 en sont les exemples directs.

L’intérêt d’un diplôme par rapport à un test tient à sa durée de validité. Une attestation de test comme le TCF ou le TEF n’est recevable que pendant deux ans. Passé ce délai, il faut repasser l’épreuve et repayer. Un diplôme de langue, lui, ne se périme pas. Beaucoup de candidats préfèrent donc viser un examen diplômant plutôt qu’un test à refaire. Si vous hésitez encore sur le titre B2 exigé par défaut pour la nationalité, le niveau B2 exigé par défaut vous aide à situer ce qu’on attend exactement de vous.
Attention à un point pratique. Un diplôme étranger, même de niveau élevé, ne suffit pas en lui-même à prouver votre français : ce qui compte, c’est qu’il atteste une connaissance de la langue française. Un master obtenu à l’étranger dans une autre langue ne joue pas. En revanche, un diplôme français, ou un diplôme de français langue étrangère reconnu, remplit la condition.
Deuxième dispense : un état de santé qui empêche l’évaluation
La loi prévoit une dispense pour les personnes dont le handicap ou l’état de santé rend toute évaluation impossible. L’idée est juste : on ne demande pas à quelqu’un qui ne peut physiquement pas passer une épreuve de s’y soumettre quand même. Cette dispense vise des situations sérieuses et durables, pas une simple difficulté passagère.
Le justificatif à fournir est un certificat médical. Ce certificat doit attester que l’état de santé rend impossible toute évaluation du niveau de langue. Depuis 2026, ce certificat suit un modèle officiel, annexé à un arrêté du 30 décembre 2025. Il ne s’agit donc pas d’une simple lettre de votre médecin rédigée librement : le document doit reprendre la forme prévue par les textes pour être recevable.
Un détail à connaître : l’administration peut demander une expertise médicale complémentaire pour vérifier la situation déclarée. En clair, le certificat ouvre la dispense, mais ne la rend pas automatique dans tous les cas. Mieux vaut un dossier médical clair, établi par un professionnel qui connaît votre situation, plutôt qu’un document approximatif qui sera questionné.
Une nuance utile : cette dispense vise l’impossibilité d’évaluer le niveau, pas le simple fait d’avoir une santé fragile. Une personne malade mais capable de passer une épreuve adaptée n’entre pas forcément dans le cas. Le médecin qui établit le certificat doit pouvoir expliquer en quoi l’état de santé empêche toute évaluation, y compris dans des conditions aménagées. C’est cette impossibilité, et elle seule, qui fonde la dispense.
Troisième dispense : le grand âge des réfugiés et apatrides
C’est ici que se niche la confusion la plus fréquente. Pour la naturalisation, il existe bien une dispense liée à l’âge, mais elle est étroite. Trois conditions doivent être réunies en même temps, sans exception. Il faut être réfugié ou apatride, être âgé de plus de 70 ans, et résider en France depuis au moins 15 ans avec un titre de séjour valide.
Ces trois critères sont cumulatifs. Une personne de 72 ans qui n’a pas le statut de réfugié n’est pas dispensée à ce titre. Un réfugié de 68 ans non plus. Et même un réfugié de 75 ans installé depuis seulement 10 ans ne remplit pas la condition de résidence. La dispense ne joue que lorsque les trois cases sont cochées ensemble.

Pourquoi cette règle si précise ? Parce qu’elle reconnaît la difficulté particulière des personnes qui ont fui leur pays, souvent dans l’urgence, et qui ont reconstruit une vie en France à un âge où l’apprentissage d’une langue de niveau B2 devient très lourd. Le législateur a voulu une mesure ciblée, pas une porte ouverte pour tous les seniors.
Si vous pensez relever de cette dispense, rassemblez tôt les preuves des trois conditions. Le statut de réfugié ou d’apatride se justifie par la décision de l’Ofpra ou de la Cour nationale du droit d’asile, ou par le récépissé qui en découle. L’âge se prouve par une pièce d’état civil. La durée de résidence se reconstitue avec vos anciens titres de séjour, qui montrent une présence continue de quinze ans au moins. Un dossier où l’une de ces trois preuves manque sera traité comme un dossier sans dispense, donc avec obligation de prouver le B2.
L’erreur classique : la dispense des 65 ans concerne le titre de séjour
Beaucoup de candidats arrivent en préfecture convaincus qu’à partir de 65 ans, ils n’ont aucun test de langue à passer. Cette croyance vient d’une vraie règle, mais qui ne s’applique pas à la naturalisation. Elle concerne les titres de séjour.
Pour une carte de résident ou une carte de séjour pluriannuelle, où le niveau de langue selon le titre obéit à ses propres règles, les personnes âgées de plus de 65 ans ne sont pas soumises aux conditions tenant à la connaissance du français et à la réussite de l’examen civique. La règle vise le droit au séjour, c’est-à-dire le droit de vivre et de rester en France, pas l’acquisition de la nationalité. Confondre les deux fait déposer des dossiers de naturalisation incomplets, qui repartent en attente.
La distinction est nette. Pour le séjour, la barre d’âge est de 65 ans et joue pour tout le monde, sans condition de statut. Pour la nationalité, la barre est de 70 ans et ne joue que pour les réfugiés et apatrides résidant depuis 15 ans. Si vous préparez une demande de nationalité, c’est cette seconde règle qui vous concerne, et il faut prouver son niveau dès lors qu’on ne relève pas d’un cas de dispense. C’est précisément l’obligation de prouver son niveau qui s’impose à la grande majorité des candidats.
Comment demander une dispense dans son dossier
Une dispense n’est jamais automatique au sens où l’administration la devinerait. C’est à vous de la faire valoir, en joignant le bon justificatif à votre demande. Le réflexe à avoir : identifier votre cas, rassembler la preuve, et l’inclure dès le dépôt pour éviter une demande de pièce complémentaire qui rallonge tout.
Pour la dispense par diplôme, vous joignez une copie du diplôme concerné. Brevet, baccalauréat, diplôme de niveau 3 ou plus, DELF B2, DALF : le document doit être lisible et, s’il vient de l’étranger, accompagné d’une traduction quand c’est exigé. Vérifiez que le diplôme atteste bien un niveau de français, et pas seulement un domaine d’études.
Pour la dispense médicale, c’est le certificat au modèle officiel qui fait foi. Demandez-le à un professionnel de santé en lui indiquant qu’il existe un formulaire dédié, annexé à l’arrêté du 30 décembre 2025. Un certificat sur papier libre risque d’être refusé. Pour la dispense liée à l’âge des réfugiés et apatrides, vous justifiez votre statut, votre date de naissance et votre durée de résidence en France avec les documents officiels correspondants.
Dans tous les cas, le dépôt se fait par la procédure habituelle de naturalisation, en ligne sur la plateforme dédiée pour la plupart des situations. La dispense ne change pas le circuit du dossier : elle remplace seulement la pièce « justificatif de niveau de langue » par votre justificatif propre.
La dispense de langue ne vous dispense pas de l’examen civique
Un point capital, souvent oublié. Depuis 2026, la naturalisation comporte deux conditions distinctes : le niveau de français et un examen civique. Ce sont deux obligations séparées. Être dispensé de l’une ne libère pas de l’autre.
L’examen civique de naturalisation est un questionnaire à choix multiple sur l’histoire, les valeurs et le fonctionnement de la République. Il se passe dans un centre agréé. Avoir un diplôme B2, ou relever d’une dispense médicale pour la langue, ne vous exonère pas de cette épreuve civique. Inversement, réussir l’examen civique ne remplace pas le B2. Il faut traiter chaque volet séparément dans votre dossier, et regarder pour chacun si vous êtes concerné ou dispensé.

Cette séparation explique pourquoi certains candidats dispensés de langue sont quand même recalés : ils ont oublié le volet civique. Pensez à traiter les deux conditions comme deux dossiers dans le dossier. Si vous n’entrez dans aucun cas de dispense linguistique, le plus sûr reste de viser un diplôme B2 plutôt qu’un test à refaire, et vous pouvez passer le DELF B2 si l’on n’est pas dispensé en vous entraînant sur des sujets calqués sur l’examen réel.
Cas particuliers et zones à vérifier
Certaines situations méritent une vérification directe auprès de la source officielle, parce qu’elles dépendent de votre parcours exact. C’est le cas, par exemple, d’une scolarité suivie en France. Un cursus dans le système scolaire français a pu vous donner un niveau de langue déjà reconnu, mais les conditions précises varient et il vaut mieux confirmer votre cas plutôt que supposer.
De même, les diplômes obtenus à l’étranger demandent un examen au cas par cas. Un diplôme de français langue étrangère délivré par un organisme reconnu peut convenir ; un diplôme du supérieur dans une autre matière, non. En cas de doute, le bon réflexe est de consulter la fiche officielle de service-public.gouv.fr et, si besoin, de poser la question à la préfecture ou à la plateforme de naturalisation avant le dépôt.
Enfin, gardez en tête que les règles ont changé en 2026 et qu’elles peuvent encore être précisées par des textes d’application. La date de dépôt de votre dossier détermine la règle qui s’applique. Pour tout chiffre, toute date ou tout seuil, fiez-vous au texte officiel en vigueur au moment où vous déposez, et non à une information entendue de seconde main.
Questions fréquentes sur les dispenses de test de français
À 65 ans, suis-je dispensé du test de français pour la naturalisation ?
Non. La dispense à 65 ans concerne le titre de séjour, comme la carte de résident ou la carte de séjour pluriannuelle. Pour la naturalisation, la dispense d’âge ne joue qu’à partir de 70 ans, et seulement pour les réfugiés ou apatrides résidant en France depuis au moins 15 ans.
Le DELF B2 dispense-t-il du test TCF ou TEF ?
Oui. Le DELF B2 est un diplôme qui atteste le niveau B2. Il remplace le test de langue et n’a pas besoin d’être complété par un TCF ou un TEF. Son autre avantage est sa validité illimitée, là où un test reste recevable seulement deux ans.
Quels diplômes français évitent de passer un test de langue ?
Le diplôme national du brevet, les diplômes d’État de niveau 3 ou plus du cadre national des certifications professionnelles, ainsi que tout diplôme attestant un niveau de français au moins équivalent au B2, comme le DELF B2 ou le DALF. Il faut joindre une copie du diplôme à votre dossier.
Quel certificat médical faut-il pour la dispense santé ?
Un certificat médical attestant que votre état de santé rend impossible toute évaluation linguistique. Depuis 2026, il doit suivre le modèle officiel annexé à l’arrêté du 30 décembre 2025. Un certificat sur papier libre risque d’être refusé, et l’administration peut demander une expertise complémentaire.
Être dispensé de la langue me dispense-t-il aussi de l’examen civique ?
Non. Le niveau de langue et l’examen civique sont deux conditions distinctes depuis 2026. Une dispense linguistique ne couvre jamais le volet civique. Il faut traiter chaque obligation séparément dans votre dossier de naturalisation.
Un diplôme obtenu à l’étranger compte-t-il comme dispense ?
Cela dépend. Le diplôme doit attester une connaissance du français au moins égale au B2. Un diplôme de français langue étrangère reconnu peut convenir, mais un diplôme dans une autre matière ou dans une autre langue ne prouve pas votre niveau de français. En cas de doute, vérifiez votre situation sur service-public.gouv.fr.

Anthony FLE est un passionné de langue française et d’enseignement. Il crée des ressources pédagogiques modernes pour aider chacun à apprendre et enseigner le français efficacement.
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